L’ineffacé, fragments d’une mémoire amoureuse
À B.
Ta mort nous laisse à jamais inachevées
Pierre noire sur papier / black stone on paper
Afin de conserver une image de son amant qui partait à la guerre, la fille du potier Butadès traça, à l’aide d’un morceau de charbon de bois, le contour de son ombre projetée sur un mur par la lumière d’une lanterne. C’est ainsi que Pline l’Ancien relate dans ses Histoires Naturelles l’origine du dessin.
Le dessin serait donc l’invention du désir amoureux qui veut garder la présence de l’être aimé disparu.
Cette série est animée du même désir.
« Très cher M.,
Le soir où tu es venu à la maison, j’étais lasse de mon dessin.
Puis il y a eu notre conversation. Tu m’as parlé de tes poèmes, “Nous sommes à peine écrits”, d’une page à l’autre la continuité du blanc, les mots comme effleurements.
( … )
J’ai commencé un dessin, avec cette idée du visage seul, à peine une ébauche de chevelure, de face mais les yeux clos, et pour diriger ce qui doit figurer du corps, l’idée d’une mémoire fragmentée et affective, la réminiscence d’un corps aimé. Resouvenir qui est présence et absence, épreuve de la perte en soi du corps de l’autre et, plus largement, expérience de ce qui reste, même dans le plus intime, le plus nu, le plus su (croit-on), inépuisable, insaisissable, inappropriable.
Ce mail pour partager avec toi ce plaisir, car il te doit quelque chose.
Sophie »